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"BPA 016 North of Blanco" — Reviewed by Jean - Michel Van Schouwburg

BPA016 CVR BC

"BPA 016 North of Blanco"

Musicians: Jaap Blonk / Sandy Ewen / Damon Smith / Chris Cogburn

Reviewed by Jean - Michel Van Schouwburg


Jaap Blonk est un des rares vocalistes masculins proéminents de la scène improvisée au même titre que notre cher Phil Minton à tous et que le prodigieux Demetrio Stratos, trop tôt disparu (1978). Stratos avait d’ailleurs précédé Minton dans l’ordre d’apparition sur la scène internationale comme chanteur vocaliste expérimentateur de quelques années. Tous deux sont de vrais chanteurs avec des voix aux dimensions et à la texture exceptionnelles et une capacité phénoménale à déguiser leur organe d’attributs multiples et complètement incroyables. J'espère moi-même ne pas perdre mon temps en me produisant ici et là en qualité de chanteur improvisateur. Digne héritier de la tradition « poésie sonore » des Kurt Schwitters et Henri Chopin, Jaap Blonk ne se montre pas tel un chanteur, mais plutôt comme un formidable bruiteur de l’impossible. Un performance solo de Blonk est un pur moment de magie. D’excellents témoignages de ses capacités d’improvisateurs figurent dans les cd’s Improvisors (avec Michael Zerang et Mats Gustafsson/ kontrans) et First Meetings (avec Zerang et Fred Lonberg Holm /Buzz records) enregistrés en 1996, alors que le profil de la musique improvisée libre radicale se redressait à vive allure, vingt ans après l’explosion de 1976 / 77. Et donc vingt ans encore après, quoi de plus naturel de retrouver Jaap Blonk dans l’exercice difficile du quartet avec guitare électrique, contrebasse et percussions. Qu’à cela ne tienne, Sandy Even détient la clé de la réussite de l’entreprise, son approche étant bruitiste à souhait avec le dosage subtil nécessaire. En effet, on n’entend quasiment jamais une inflection issue de la pratique, même subliminale, du chant, dans le babil crypto-langagier, les borborygmes et bruits de bouche du Hollandais et l'option de la guitariste se meut dans une perspective idéale. Même quand sa plainte ondule au-dessus du pandémonium électronique guitare électrocutée et percussion enchevêtrée. La musique est en fait un bel hommage au Keith Rowe d’avant (le minimalisme). BPA avait déjà publié il y a un an un excellent duo « digital » de Sandy Ewen et Damon Smith, Background Information (BPA-1), un travail sonique qui allie une aspect brut avec la plus grande finesse. Ce North of Bianco en est son prolongement légitime. Toutes les possibilités sonores sont exploitées, le percussionniste Chris Cogburn bruissant à merveille (où est passée la batterie?), utilisant son instrument comme résonateur de manipulations d’objets et d’instruments détournés de leur fonction première et le vocaliste se moule et coule dans les interstices ou quand le silence point ou que le jeu s’aère, prend la relève du bruitage sans qu’on se dise qu’il y a une voix humaine. Une machine, un gros bourdon ou des monologues improbables à la diction infernale. Il y a un texte poétique de PascAli, le tandem de contrebassistes, dans les notes de pochette. J’aurais aimé y voir figurer une notice avec qui et quoi fait quoi, question instrumentation. Mais peut-être ainsi, le mystère est conservé. Les groupes documentés par Damon Smith sur son label BPA se suivent et ne se ressemblent guère. Et c’est une bonne raison de suivre l’évolution de ce label dédié à l’improvisation libre à 100% et sans oreillères.

Relations — Reviewed by Jean - Michel Van Schouwburg

relations

Relations

Musicians: Henry Kaiser / Damon Smith

Reviewed by Jean - Michel Van Schouwburg

Duo acoustique entre (ou avec) la contrebasse de Damon Smith et la guitare (1998 Monteleone Radio Flyer 7-String Guitar) d’Henry Kaiser. Smith est aussi le responsable du label BPA et celui-ci retrace ses aventures musicales dans différents contextes improvisationnels avec des improvisateurs incontournablescomme Phil Wachsmann, John Butcher, Frank Gratkowski, Wolfgang Fuchs, Birgit Uhler, la superbe chanteuse Aurora Josephson. A travers les disques BPA on aborde avec bonheur Il y a une dizaine d’années BPA avait publié un hommage d’Henry Kaiser à Derek Bailey (Domo Arigato Derek Sensei) suite à sa disparition et avec de multiples invités dont un intéressant duo Kaiser-Smith qui appelait un prolongement, voire un document. Kaiser est connu pour ses multiples appétits musicaux qui naviguent entre des croisements « musique du monde », le projet YoYo Miles avec Leo Smith (sorte de re-make des Bitches Brew et Agartha du Miles Davis électrique), un Wonderful World en solo quasi New Age, de l’improvisation radicale (l’excellent Acoustics avec Mari Kimura, Jim O’Rourke et Jim Oswald chez Victo). Dead Head assumé, il a joué des covers alternatives du Grateful Dead, mais aussi pastiché le Magic Band de Captain Beefheart. Son Wireforks en duo avec Derek Bailey m’est resté en travers de la gorge, alors que c’est un excellent guitariste et musicien engagé dans l’improvisation depuis des décennies. Bref, il a autant de cordes à son arc que sa collection de guitares est vaste. Dès la fin des années 70’s , il avait fait fort avec son album Protocol en duo avec le percussionniste Andrea Centazzo et le trompettiste Toshinori Kondo, deux artistes superlatifs qui avaient quitté la scène improvisée quelques années plus tard. Donc, pour moi, Kaiser est un musicien que j’apprécie et pour lequel je n’hésite pas à chroniquer avec plaisir un opus qui me touche comme son solo Requia dont vous trouverez une chronique dans une page de ce blog (août 2014). Mais ce n’est pas un artiste que je suis à la trace comme Veryan Weston, Paul Hubweber, Roger Turner, Charlotte Hug, Gunther Christmann etc... Alors bien sûr, avec cette approche spécifique à la guitare acoustique, plane ici l’ombre du grand Derek Bailey, celui des Domestic Pieces (Emanem 4001), d’Aida (Incus 40) et de Lace (Emanem), acoustique. Ou l’opiniâtreté radicale de John Russell, un de ses bons copains. Car dans cet enregistrement, Henry Kaiser joue avec les harmoniques, technique par excellence de Bailey et Russell. Il y a donc heureusement des moments superbes, sauvages, des trouvailles au niveau guitare et le duo fonctionne comme dans ce Garden Not A Garden où le contrebassiste frotte le plus lentement possible l’archet sur la corde grave en bloquant la vibration. Recherches, écarts, évidences, congruences, échappées, flottements. Au niveau guitare proprement dit, il faut vraiment écouter dans une excellente hi-fi, pour apprécier ce que Kaiser apporte de particulier à la lingua franca post-Bailey. Cette guitare convient-elle à cette technique qui utilise les harmoniques produites en bloquant subrepticement la vibration de la corde un bref instant au moment précis où le plectre tire la corde ?? Cela nécessite des cordes particulièrement tendues, accordées au plus juste à toutes les hauteurs et un instrument à la projection exceptionnelle. Comme on l’entend à merveille dans Annoyance is the Joke That Drives the Music, Kaiser dégringole des cascades d’accords abrupts et dissonants quand son acolyte fait grincer sa basse. Damon Smith a une tendance à se tenir légèrement en retrait comme s’il se mettait au service de la guitare. Parfois, j’ai le sentiment que la logique ou le charme fantaisiste de l’improvisation en cours se dissipe. Un peu trop posé. Ceux qui ont jamais écouté la demi-face de vinyle complètement folle de Derek Bailey et Maarten Altena dans Improvisors Symposium Pisa 80, tiendront là matière à disserter. Malgré ces remarques, Relations contient d’excellents moments et est un témoignage vivant de ce penchant qu’ont les improvisateurs d’essayer des choses dans l’espoir de créer un momentum qui captive l’attention. Et cela passe plutôt bien. Il y a des albums de Damon Smith qui sont quasiment parfaits, au sens improvisation, s’entend.

A Place Meant for Birds — Reviewed by Ken Waxman

BPA 5 Desert Sweets CVR BC

A Place Meant for Birds

Musicians: Biggi Vinkeloe / Damon Smith / Mark Weaver

Reviewed by Ken Waxman

Analogous to the often succulent vegetation that blooms in the desert’s rugged landscape, Desert Sweets is a unique trio of improvisers, who manage to cobble together a musically seamless session, despite an unconventional line-up and a geographical separation. Recorded in Albuquerque, New Mexico, the basement textures come via the tuba of local Mark Weaver who has played with such sound explorers as trombonist Michael Vlatkovich and drummer Dave Wayne in the past. Elevated substance for these seven tracks is via German alto saxophonist and flutist Biggi Vinkeloe, who has lived in Sweden for many years, working with musicians ranging from Swedish drummer Peeter Uuskyla to American electronic manipulator Chris Brown. Serving as the interlocutor between the two is Houston bassist Damon Smith, a polymath, who has recorded with everyone from drummer Weasel Walter to saxophonist John Butcher.
Not that this CD is suspended between the reductionist or clamorous extremes the last two improvisers exemplify, but like a hybrid growth that adapts to a parched environment of the southwest, Desert Sweets blooms in its own way. Drummer-less, it’s Weaver powerful but downplayed blowing which percussively propel the seven tracks. His downy intermittent textures usually reside in the growl area and are moderated and rounded. The exception is an extended passage on “Not Salt” where didjeridoo-like resounds take up space alongside Vinkeloe’s tense whistles and arco sears from Smith that could rake the soil in other circumstances.
From the start, Vinkeloe’s alto saxophone double-tonguing and righteous articulation better matches Weaver’s basso burbles and Smith’s string slaps than her trebly flute lines. However like a stage play that shifts from comedy to drama, on “Silt” the transverse instrument provides proper timbral contrast to the others’ pugnacious tones. Elsewhere the reedist’s rasping tones provide another sort of continuum. As rhythmic slaps from the bassist give tunes a communicative finality, they’re often aided by Vinkeloe’s separate high and low-pitched tremolo notes as if they were oxpecker and rhino respectively. An even more profound demonstration of her saxophone skill occurs on “Embedded in Rock”, where in her tart solo maintains equilibrium between what a melody that is reminiscent of the sentimentality of “The Anniversary Waltz” on one hand and strained crying à la “Lonely Woman” on the other. Vinkeloe impresses as she moderates both extreme to set up an accord with Smith’s formalized, almost Euopeanized string strokes.
Satisfying in its interaction, with the ad hoc trio spelled on one track by a poem recitation by Lisa Gill, the high-quality improvisations here suggest that this concert was a location for committed listeners as well as A Place Meant For Birds.
—Ken Waxman